La mère des Kurdes s’est éteinte ...
Institut Kurde de Paris - Danielle Mitterrand, défenseur de la cause kurde, s’est éteinte à Paris a l’âge de 87 ans. Les Kurdes des quatre parties du Kurdistan, ainsi que la Diaspora Kurde en Europe lui ont rendu hommage.
Danielle Mitterrand, ancienne Première Dame de France et Présidente de la Fondation France-Libertés, est décédée dans la nuit du lundi 21 au mardi 22 novembre, à l'Hôpital Européen Georges Pompidou où elle avait été admise vendredi 18 novembre pour des problèmes pulmonaires.
Née le 29 octobre 1924, engagée dans la Résistance dès l'âge de 17 ans, elle avait consacré sa vie d'abord aux combats de la Gauche aux côtés de François Mitterrand, puis à partir de l'élection de ce dernier en mai 1981 à la défense des droits de l'homme en France et à travers le monde.
Mettant à profit sa notoriété et sa position de Première Dame, elle a pris la défense des groupes et des peuples victimes des dictatures, des injustices de l'Histoire et de la Realpolitik. Dès 1982 elle a joué un rôle actif pour la cause kurde en soutenant la création de l'Institut kurde de Paris pour sensibiliser l'opinion publique et "éveiller les consciences". Elle a ensuite envoyé des observateurs aux procès des militants kurdes persécutés par la junte militaire turque des années 1980, dénoncé les campagnes génocidaires menées de 1986 à 1990 par le régime de Saddam Hussein contre les Kurdes en Irak, défendu les Kurdes d'Iran lors de l'assassinat de leur leader, Dr. Abdul Rahman Ghassemlou en juillet 1989 à Vienne par le régime iranien.
Après une visite très médiatisée dans les camps des réfugiés kurdes irakiens de Mardin, Diyarbekir et Muş au Kurdistan de Turquie, rescapés des gazages, elle a convaincu les autorités françaises d'en accueillir un millier à l'occasion du bicentenaire de la Révolution Française. Ensuite, elle n'a pas ménagé sa peine pour sensibiliser les Grands de ce monde à venir en aide au peuple kurde. À cette fin, elle a multiplié des voyages à Moscou, à Washington, à Bonn, organisé avec l'Institut kurde et sa fondation France-Libertés, des conférences, des colloques pour sensibiliser l'opinion publique internationale à la tragédie kurde. Ses efforts ont beaucoup contribué à la création en juin 1991 d'une "zone de protection" pour les quelque 2 millions de Kurdes fuyant vers les frontières de l'Iran et de la Turquie au lendemain de la première Guerre du Golfe.
En mai 1995, elle se rendit auprès des réfugiés en franchissant "clandestinement" la frontière irano-irakienne et leur apporta une aide matérielle substantielle. Plusieurs centaines de milliers de manuels scolaires imprimés en kurde à l’imprimerie nationale française furent acheminés au Kurdistan irakien et plus de 20 000 instituteurs français embauchés et payés par France-Liberté pour assurer la rentrée scolaire de 1991. En juillet 1992 elle a inauguré l'Assemblée nationale du Kurdistan fraîchement élue. Lors de ce séjour, sur la route de la ville martyre de Halabja, son convoi fut victime d'un attentat des services irakiens faisant plusieurs morts parmi les peshmergas chargés de sa protection. En 1994, lors de l'arrestation d'une dizaine de députés kurdes démocratiquement élus du Parti de la Démocratie (DEP) en Turquie, elle prit leur défense en créant un Comité international pour leur libération (CILDEKT) et mena une vaste campagne internationale pour sensibiliser l'opinion à leur sort.
Considérée comme « la mère des Kurdes », Danielle Mitterrand s'est rendue à deux autres reprises au Kurdistan irakien, en 2002 et en 2009 où elle fut accueillie avec tous les honneurs et surtout beaucoup d'affection et de reconnaissance. Dans chaque ville kurde, des écoles et des rues portent son nom.
La disparition de Danielle Mitterrand a suscité beaucoup d’émotion dans l’ensemble du Kurdistan et dans la communauté kurde à travers le monde. Les média lui ont consacré une très large place. Le Gouvernement régional du Kurdistan d’Irak a proclamé le 23 novembre journée de deuil dans toute la Région. « Danielle Mitterrand représente pour les Kurdes la solidarité avec la cause kurde pendant ses jours les plus difficiles », a déclaré à l'AFP le chef du gouvernement du Kurdistan irakien, Barham Salih. « Elle a soutenu les droits de l'Homme au Kurdistan et était l'une des rares voix à défendre le peuple kurde et à s'élever contre l'injustice qu'il subissait », a-t-il souligné. « Danielle Mitterrand était un vrai défenseur des droits des Kurdes partout dans le monde ».
Plusieurs centaines de Kurdes venus spontanément de toute l’Europe, des représentants du Gouvernement ou du Parlement du Kurdistan et de tous les partis politiques kurdes se sont rendus à Cluny pour les obsèques.
Le célèbre chanteur kurde Şivan Perwer a chanté à cette occasion une élégie qu’il venait de composer pour la « Mère des Kurdes » et qui a fait pleurer l’assistance, tandis que le pianiste argentin Miguel Angel Estrella a accompagné au piano l’émouvante cérémonie qui s’est déroulée dans la cour millénaire de l’abbaye de Cluny.
En France, toute la classe politique a rendu hommage au courage et au parcours exemplaire de la Première Dame. Les chaînes de télévision lui ont consacré des émissions spéciales. Dans la presse écrite, Libération a publié un dossier de cinq pages à l‘intérieur, tandis que Paris-Match en faisait sa Une suivie d’un reportage photos d’une vingtaine de pages.
Le jeudi 24 novembre à 13 heures, à l’appel de la Mairie de Paris, plusieurs milliers de Parisiens de toutes origines, dont de très nombreux Kurdes, se sont rassemblés sur le Pont des Arts pour rendre hommage à celle qui, à travers le monde, a incarné une haute image de la France patrie des droits de l’homme.
This article is reprinted with permission from Institut Kurde de Paris.